Une Bien Triste Histoire
Je le raconte, ou je ne le raconte pas ?
Ca fait 2 heures que je me pose la question, mais je sais bien qu’à la fin, je vais le raconter…
Alors j'y vais. Je vous préviens, ca va être beaucoup moins léger que d’habitude.
Dimanche matin, je me suis levé vers 8h00. Je suis allé voir les enfants dans leur chambre, et puis on est tous descendus pour déjeuner.
Vers 8h15, le petit était dans l’escalier. Il jouait à je ne sais quoi. C’est la que la première manifestation de sa maman s’est faite entendre, depuis la chambre. « Silence !! Je dors !! Tais-toi M !! » Sauf que le petit s’appelle L. La maman de L pensait que c’était M qui faisait du bruit. M est l’enfant que j’ai eu d’une première liaison. Il vit avec nous 15 jours par mois, puis va chez sa maman. C’est ce qu’on appelle la garde alternée.
La maman de L le vit mal… C’est pourquoi elle a tendance à être sévère avec lui. Parfois même quand il n’a rien fait. Moi je suis le papa de M et de L. Je n’aime pas que M se fasse gronder pour rien… Surtout le dimanche matin autour de 8 heures.
Enfin, je prends sur moi…
Enfin, vers 8h30, peut être, la Maman de L sort de la chambre. Elle se plaint de nos enfants mal élevés, qui ont l’audace de la réveiller à 8 heures le dimanche matin. Dans ces paroles, j’entends que c’est surtout M qui est mal élevé, j’entends aussi que c’est moi qui l’élève mal… C’est ce que j’entends… Ce n’est pas ce qui est dit, mais c’est ce que j’entends. J’ai une petite boule qui commence à se former, la, juste au dessus de mon estomac.
Je prends sur moi…
Je vais faire la vaisselle. Ca détend la vaisselle. Le bruit de l’eau qui coule. Il faut d’abord que je range les assiettes qui sont dans l’égouttoir. La maman de L maugrée entre l’égouttoir et le placard. Je dois la déranger pendant qu’elle prépare ses tartines. Elle m’envoie bouler, je ne peux me retenir :
« Tu es insupportable… Si tu continues, tu vas t’en prendre une… » dis je sur un ton sec.
« Ah ouais, bah vas-y… »
Clac !
Je l’ai giflé.
Elle devient hystérique, se saisit d’une poêle à frire et m’assène des coups sur le visage. M hurle dans la salle à manger. C’est la bagarre. Je la gifle à nouveau. Je perds quelque peu le fil. Je crois qu’elle saisit une assiette et la brise sur ma tête.
Je ne vois plus de l’œil gauche. Je réalise que c’est le sang qui coule de mon front sur mon œil. C’est fou, quand le sang vous bouche la vue, vous ne sentez rien… Ca ne pique pas, ca ne gratte pas. Vous ne voyez plus rien…
Les 2 garçons hurlent dans la maison. Je finis par maitriser la maman. Tout le monde est en sanglot. Les voisins frappent à la porte, alertés par le vacarme.
Je monte me nettoyer le visage. Je ressemble à Edward Norton dans Fight Club. Je suis couvert de sang. Je me nettoie, je descends. La maman n’a rien. Dieu soit loué. En tout cas rien de visible. Je l’ai giflé, c’est vrai. Plusieurs fois même. Je ne pense pas lui avoir fait mal physiquement.
J’emmène M avec moi, je le dépose chez mon ami C. Je fonce à l’hôpital. Je n’aurais pas de points de suture. Les coupures sont superficielles. Le médecin utilise une colle spéciale pour réparer les plaies. On teste mon vaccin anti tétanos.
Quelle triste histoire…
Quant j’ai rencontré ma femme, elle m’a tout de suite plu parce qu’elle s’entendait à merveille avec M. Elle était douce, gentille, on faisait l’amour.
Puis L est arrivé, et les choses ont dégénéré avec M. C’est vrai que ce n’est pas facile de s’occuper d’un enfant qui n’est pas le sien… C’est un peu l’histoire de Cendrillon… Souvenez-vous-en. A la mort de sa mère, son père se remarie, et Cendrillon a maintenant 3 nouvelles sœurs arrivées avec sa belle mère. Les 4 femmes la martyrisent, et elle passe ses journées à faire le ménage en guenilles. Attention, ma femme n’a jamais martyrisé M. Elle s’en est toujours occupé. Je ne lui reprocherais jamais. Mais le père de Cendrillon, que faisait-il ? Pourquoi ne défendait il pas sa première fille ? Je suis sur que c’était un brave homme. Il était probablement comme moi, pensant que le temps arrangerait les choses – et il avait raison, Cendrillon ne rencontre t’elle pas le prince charmant ?
Il y a une chose que je ne peux pas comprendre. Comment peut-on en arriver à frapper quelqu’un au visage avec la tranche d’une poêle à frire ? En seriez-vous capable ? Moi je ne pourrais pas. Avec mes poings, avec mes mains, oui… Mais avec une arme, non je ne le pourrais pas. J’aurais trop peur de le tuer…
Je plains ma femme, j’ai pitié d’elle. Je retourne les rôles. Je m’imagine la frapper avec cette poêle… Quelle honte. Comment pourrais-je me montrer au monde après une telle ignominie ? Comment pourrais-je trouver le sommeil en repensant à ce visage ensanglanté par mes coups. Je ne sais pas. Dieu merci, je n’ai pas donné les coups, je les ai reçus.
Hier, lorsque le calme est revenu, je suis allé sur le net… C’est con, je voulais trouver quelqu’un qui aurait vécu la même histoire… C’est pas les divorcés qui manquent… J’ai rien trouvé… J’ai pas beaucoup cherché non plus. La prochaine fois que quelqu’un cherchera, peut être qu’il lira ces lignes. Peut être que ca lui remontera le moral.
M m’a fait jurer de ne plus jamais ramener de belle mère à la maison. J’ai juré. Il a bien dormi. L n’a pas tout compris ce qui c’était passé. Pourtant je sais qu’on leur a fait du mal. Comment est ce qu’on peut faire vivre un truc pareil à ses enfants ? On fait pas exprès, c’est tout ce que je peux dire. J’espère qu’ils me pardonneront un jour.