Une Bien Triste Histoire

Publié le par Louis Sipher

Je le raconte, ou je ne le raconte pas ?

 

Ca fait 2 heures que je me pose la question, mais je sais bien qu’à la fin, je vais le raconter…

 

Alors j'y vais. Je vous préviens, ca va être beaucoup moins léger que d’habitude.

 

Dimanche matin, je me suis levé vers 8h00. Je suis allé voir les enfants dans leur chambre, et puis on est tous descendus pour déjeuner.

 

Vers 8h15, le petit était dans l’escalier. Il jouait à je ne sais quoi. C’est la que la première manifestation de sa maman s’est faite entendre, depuis la chambre. « Silence !! Je dors !! Tais-toi M !! » Sauf que le petit s’appelle L. La maman de L pensait que c’était M qui faisait du bruit. M est l’enfant que j’ai eu d’une première liaison. Il vit avec nous 15 jours par mois, puis va chez sa maman. C’est ce qu’on appelle la garde alternée.

 

La maman de L le vit mal… C’est pourquoi elle a tendance à être sévère avec lui. Parfois même quand il n’a rien fait. Moi je suis le papa de M et de L. Je n’aime pas que M se fasse gronder pour rien… Surtout le dimanche matin autour de 8 heures.

 

Enfin, je prends sur moi…

 

Enfin, vers 8h30, peut être, la Maman de L sort de la chambre. Elle se plaint de nos enfants mal élevés, qui ont l’audace de la réveiller à 8 heures le dimanche matin. Dans ces paroles, j’entends que c’est surtout M qui est mal élevé, j’entends aussi que c’est moi qui l’élève mal… C’est ce que j’entends… Ce n’est pas ce qui est dit, mais c’est ce que j’entends. J’ai une petite boule qui commence à se former, la, juste au dessus de mon estomac.

 

Je prends sur moi…

 

Je vais faire la vaisselle. Ca détend la vaisselle. Le bruit de l’eau qui coule. Il faut d’abord que je range les assiettes qui sont dans l’égouttoir. La maman de L maugrée entre l’égouttoir et le placard. Je dois la déranger pendant qu’elle prépare ses tartines. Elle m’envoie bouler, je ne peux me retenir :

 

« Tu es insupportable… Si tu continues, tu vas t’en prendre une… » dis je sur un ton sec.

« Ah ouais, bah vas-y… »

 

Clac !

 

Je l’ai giflé.

 

Elle devient hystérique, se saisit d’une poêle à frire et m’assène des coups sur le visage. M hurle dans la salle à manger. C’est la bagarre. Je la gifle à nouveau. Je perds quelque peu le fil. Je crois qu’elle saisit une assiette et la brise sur ma tête.

 

Je ne vois plus de l’œil gauche. Je réalise que c’est le sang qui coule de mon front sur mon œil. C’est fou, quand le sang vous  bouche la vue, vous ne sentez rien… Ca ne pique pas, ca ne gratte pas. Vous ne voyez plus rien…

 

Les 2 garçons hurlent dans la maison. Je finis par maitriser la maman. Tout le monde est en sanglot. Les voisins frappent à la porte, alertés par le vacarme.

 

Je monte me nettoyer le visage. Je ressemble à Edward Norton dans Fight Club. Je suis couvert de sang. Je me nettoie, je descends. La maman n’a rien. Dieu soit loué. En tout cas rien de visible. Je l’ai giflé, c’est vrai. Plusieurs fois même. Je ne pense pas lui avoir fait mal physiquement.

 

J’emmène M avec moi, je le dépose chez mon ami C. Je fonce à l’hôpital. Je n’aurais pas de points de suture. Les coupures sont superficielles. Le médecin utilise une colle spéciale pour réparer les plaies. On teste mon vaccin anti tétanos.

 

Quelle triste histoire…

 

Quant j’ai rencontré ma femme, elle m’a tout de suite plu parce qu’elle s’entendait à merveille avec M. Elle était douce, gentille, on faisait l’amour.

Puis L est arrivé, et les choses ont dégénéré avec M. C’est vrai que ce n’est pas facile de s’occuper d’un enfant qui n’est pas le sien… C’est un peu l’histoire de Cendrillon… Souvenez-vous-en. A la mort de sa mère, son père se remarie, et Cendrillon a maintenant 3 nouvelles sœurs arrivées avec sa belle mère. Les 4 femmes la martyrisent, et elle passe ses journées à faire le ménage en guenilles. Attention, ma femme n’a jamais martyrisé M. Elle s’en est toujours occupé. Je ne lui reprocherais jamais. Mais le père de Cendrillon, que faisait-il ? Pourquoi ne défendait il pas sa première fille ? Je suis sur que c’était un brave homme. Il était probablement comme moi, pensant que le temps arrangerait les choses – et il avait raison, Cendrillon ne rencontre t’elle pas le prince charmant ?

 

Il y a une chose que je ne peux pas comprendre. Comment peut-on en arriver à frapper quelqu’un au visage avec la tranche d’une poêle à frire ? En seriez-vous capable ? Moi je ne pourrais pas. Avec mes poings, avec mes mains, oui… Mais avec une arme, non je ne le pourrais pas. J’aurais trop peur de le tuer…

 

Je plains ma femme, j’ai pitié d’elle. Je retourne les rôles. Je m’imagine la frapper avec cette poêle… Quelle honte. Comment pourrais-je me montrer au monde après une telle ignominie ?  Comment pourrais-je trouver le sommeil en repensant à ce visage ensanglanté par mes coups. Je ne sais pas. Dieu merci, je n’ai pas donné les coups, je les ai reçus.

 

Hier, lorsque le calme est revenu, je suis allé sur le net… C’est con, je voulais trouver quelqu’un qui aurait vécu la même histoire… C’est pas les divorcés qui manquent… J’ai rien trouvé… J’ai pas beaucoup cherché non plus. La prochaine fois que quelqu’un cherchera, peut être qu’il lira ces lignes. Peut être que ca lui remontera le moral.

 

M m’a fait jurer de ne plus jamais ramener de belle mère à la maison. J’ai juré. Il a bien dormi. L n’a pas tout compris ce qui c’était passé. Pourtant je sais qu’on leur a fait du mal. Comment est ce qu’on peut faire vivre un truc pareil à ses enfants ? On fait pas exprès, c’est tout ce que je peux dire. J’espère qu’ils me pardonneront un jour.



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Publié dans Yo Lo Digo

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L
Merci Cune, j'apprecieComme je viens de le dire a ma soeur et a ma mere, tout va bien. Pas de soucis.Une bonne copine a nous s'occupe de la communication, le divorce coute 1700 euros, et j'ai bon espoir d'arriver a une solution a l'amiable.l'amour va et viens... Nous de toute facon ca faisait un certain temps que ca partait en queue de cerises
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C
Bon, Louis, c’est moche tout ça. Mais personne n’a jamais dit sérieusement que la vie n'était que belle, au fond, ça fait partie du truc. Je crois que je comprends ta femme, en fait, elle a pété les plombs, et bien évidemment en temps normal elle n’aurait jamais atteint un stade pareil. Je viens de lire Despentes en plus, et question actes effectués en total état de furie incontrôlable, il y a chez elle de la référence. Ca arrive. C’est abject, regrettable, intolérable, mais ça arrive, et chez les meilleurs. Tu as réagi comme tu pouvais, et tu as protégé ton fils, c’est bien, c’est ce qu’il fallait faire. Je vis depuis 17 ans avec un homme qui avait déjà trois enfants d’un précédent mariage, qu’on prenait un week-end sur deux, la totalité de pratiquement toutes les vacances , et dont l’un est venu vivre avec nous depuis 6 ans, un deuxième nous arrive ces jours-ci aussi, et ensemble on a un petit dernier de 10 ans. Je connais bien les moments où ça devient trop lourd, où on dit et fait des choses qu’on regrette aussitôt. Mais je suis passée au travers du trop grave, j’ignore grâce à quoi au fond, la chance peut-être tout bonnement, ou le fait aussi que je suis et ai toujours été « cash », rien ne mûrit chez moi, plus spontanée tu meurs. Ca entraîne beaucoup de cris, mais évite le ressentiment et la rancœur, qui sont dans leurs genres des tueurs absolus : je n’aurai jamais d’ulcère, au moins. Je n’ai jamais été non plus une belle-mère câline, très proche. Juste là, et le plus normalement possible. Aujourd’hui les grands ont 23, 21 et 20 ans, et quand je vois nos relations je me dis que ça valait le coup, tout le bordel du divorce et tout et tout. <br /> Je suis très mal placée pour donner des conseils, d’ailleurs personne n’est jamais bien placé pour ça, parce que tout le monde fait et dit des conneries, et que chaque cas est unique. Mais je crois fermement au pouvoir de la parole, si tes fils n’ont pas bien compris ce qui s’est passé explique-leur, même si tu n’as qu’une envie c’est de verrouiller tout ça dans une case passé-terminé-plus jamais. Parce qu’ils vont avoir tendance à se sentir, eux, coupables, contre toute évidence. Et puis… pfff je préférais nettement les élucubrations à deux balles sur Amélie-Brad, je maitrisais mieux ça. Mais l’un n’empêche pas l’autre, et un blog ça sert à tout.<br /> Keep on !<br /> (et pardon si je suis lourde, mais ça m'a touchée, ton truc)
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