Une Journée Bien Remplie

Publié le par Louis Sipher

Réveil à 6h30, j’embrasse le rayon de lune qui s’étire à mes cotés, je me lève, avale un goulée de jus d’orange à même la brique; avec mes chaussures de ville à la main – j’avais fait un effort la veille au niveau de ma tenue pour plaire au rayon de lune en question - pieds nus dans le parking, je saute dans la voiture, direction la maison. Je dois partir ce soir livrer un bateau dans une île voisine, il me faut faire la vaisselle à la maison, n’étant de retour que  le lendemain; je ne veux pas que ma cuisine devienne un lieu à la mode chez les cafards. J’en profite également pour mettre à sécher la machine de linge que j’ai fait tourner la veille…

 

Une fois mes petites affaires organisées – il est environ 7h30, j’enfile mes slaps, et je saute dans la voiture. 20 minutes de route jusqu'à la laverie, ou je vais récupérer des draps, destinés au bateau mentionné ci-dessus. Je fonce alors au bureau, dépose les draps à bord, et explique brièvement à la femme de ménage de ne pas préparer toutes les cabines, mais d’en laisser une à l’usage de mon équipier et de moi-même. Nous allons naviguer de nuit, nous avons besoin d’un lit ou nous relayer.

 

J’ai d’ailleurs rendez vous à 9 heures avec H, la cousine de l’équipier en question, qui doit me remettre son passeport. Elle est prof de gym, nous devons nous retrouver au collège. La banque étant sur la route, j’en profite pour m’y arrêter, et retirer mon salaire en dollar. Vous comprendrez pourquoi tout à l’heure.

 

H est à l’heure, je récupère le passeport, et je retourne à la base, en effectuant un certain nombre d’arrêts : bureau de change pour changer le dit salaire en euro, puis banque à nouveau – celle des euros – pour déposer l’argent changé. Je me rend ensuite dans une agence de voyage, afin d’acheter 2 billets de retour de l’Ile de A ; il faudra bien revenir après avoir déposé le bateau.

 

Apres ces emplettes, je retourne  au bureau pour vérifier que C, ma chère femme de ménage jamaïcaine, n’ait besoin de rien. Arrive alors Mr Andrea Spadoni, c’est son vrai nom. Je ne cite jamais personne sur ce site, mais celui la mérite quelque publicité, comme vous vous en apercevrez plus bas. Voila 2 jours que ce fier italien veut me louer un bateau. L’homme ne m’inspire pas confiance, car je trouve son itinéraire quelque peu bizarre. Il prétend vouloir récupérer des amis en Guadeloupe, à près de 2 jours de navigation. Il a d’abord voulu payer en liquide, ce qui m’a fait tiquer. J’ai exigé un paiement par carte bancaire. Il arrive ce matin très fier, accompagné de son sbire rastafarien de Dominique, Omowale Reid, brandissant la carte réclamée. Au premier essai, la machine décline le paiement. Je prie ces messieurs de revenir quand leurs affaires seront mieux ordonnées.

 

Et voilà que se présente Mr S. Mr S est propriétaire d’un bateau et songe à me le confier en gestion. Echaudé par Spadoni, j’ai peur d’être un peu trop lyrique dans la présentation des avantages à faire affaire avec moi. Mr S se retire, j’espère pourtant l’avoir convaincu.

 

Revoilà Mr Spadoni. Nous réessayons la carte, cette fois ci, tout marche… Il peut partir avec le bateau. Je le pilote d’ailleurs jusqu'à la sortie du lagon, après lui avoir expliqué les particularités du dit navire. J’ai pris soin d’emporter le passeport de mon équipier, le mien, ainsi que les papiers du bateau sur lequel nous partons ce soir… La douane étant toute proche de la sortie du lagon, c’est en dinghy que je vais effectuer la clearance de mon bateau, laissant Mr Spadoni sur le sien.

 

Figurez vous que le rayon de lune du matin travaille en face du bureau de la douane. Quel heureux hasard. Je cours lui emprunter sa voiture, fonce chez moi, récupère le linge qui sèche depuis ce matin, souvenez vous. Il est sec, ô douces tropiques ; j’enfourne un caleçon et un polo dans un sac noir, et retourne rapporter la voiture, non sans m’arrêter sur le chemin chez mon propriétaire, à qui je règle mon loyer. Et oui, mon compte est approvisionné, souvenez vous… De la, je saute dans mon dinghy et retourne au bureau. Au passage, je récupère V, le fameux équipier, qui m’attend non loin de la, au bord du lagon. Nous retournons à la base, je le dépose au bateau, en profite pour faire un saut chez Fedex déposer un colis, puis emmène ma voiture chez le garagiste pour une révision. Mes instructions sont simples : que la voiture soit prête demain soir, laissée ouverte, avec la clef sous le tapis de sol.

 

Je repars à pied vers le bureau, fait une pause chez le chinois travailleur – cf. un article précédant sur la durée du temps de travail chez nos cousins extrême orientaux, pour y faire mon avitaillement. Je ne dois pas traîner : la sortie du lagon est soumise à l’ouverture d’un pont, et c’est à 17h 30 que ça se passe. Apres l’heure, c‘est plus l’heure.

 

C’est enfin l’embarquement, la traversée du lagon, et l’arrivée au pont. Le lecteur attentif aura remarqué que c’est la deuxième fois aujourd’hui que je traverse le lagon, sur 2 bateaux différents. Bref, la suite est facile à raconter. Cap au 145 pendant 90 milles, à 6.5 nœuds. Je vous laisse calculer. On est sorti de la baie à 18 heures. Je prend le premier quart de 18 à 22 heures, puis dort 2 heures ; second quart de minuit à 2, encore 2 heures de sommeil de 2 à 4, un nouveau quart de 4 à 6. C’est environ à 6h30 que le moteur commence à faire des siennes. Calages intempestifs… Je diagnostique un cas de diesel contaminé. Les durites d’arrivée de gasoil se bouchent de temps à autre. Nous naviguerons ainsi jusqu'à 11h30, heure finale de notre arrivée sur l’île aux 365 plages (une par jour). Il est toujours un peu ennuyeux d’arriver dans un port avec un moteur prêt à lâcher à tout moment (tous ceux qui auront déjà essayer de garer un bateau sans propulsion savent de quoi je parle).

 

Nous arriverons tant bien que mal jusqu’au quai des douanes… Commence alors la procédure d’entrée; un 1er bureau (port authority), puis un second (douanes) et enfin un troisième (immigration). L’antillais est tatillon quand à la procédure…

 

C’est finalement à 13h30 que je gare le bateau à l’emplacement dévolu. Un bref conciliabule avec E, responsable technique, pour lui expliquer les ratés du moteur… Il va falloir démonter le réservoir afin de le nettoyer. Ca, j’ai pas le temps de faire maintenant, c’est lui qui s’y collera. Je fonce alors au bureau de mes associés, ou je suis attendu depuis 10 heures ce matin… Le but du voyage était double : livrer le bateau afin qu’il puisse effectuer un charter sur l’île de A, mais également passer au clair ma comptabilité. Ce à quoi nous nous attelons jusqu'à 17 heures.

 

L’exercice est interrompu lorsque nous constatons que Mr Spadoni, merci de relire si vous ne suivez plus, ne se dirige pas du tout vers la Guadeloupe comme il me l’avait expliqué, mais vers les îles Vierges. En gros, il va vers l’ouest, au lieu d’aller vers le sud… La, si vous êtes un tant soit peu attentifs,  vous ne comprenez absolument pas comment je fais pour savoir ou se dirige un bateau duquel j’ai débarqué la veille à 14h30. C’est très bien, je suis fier de vous avoir pour lecteurs, au moins en tout cas pour ceux qui ont suivi.

 

Et bien figurez vous que tous mes bateaux sont équipés d’un mouchard satellite – oui, oui, comme dans les films de James Bond. Je connais en temps réel la localisation de toute ma flotte.

 

C’est lorsque je décide de faire un pointage de routine, faisant une petite pause durant les exercices de comptabilité, que je réalise que le truand n’a pas du tout l’intention de se rendre en Guadeloupe. Qui plus est, il navigue plein ouest, à 10 milles au large de St M, alors qu’il m’a juré ses grands dieux la veille qu’il ne naviguerait pas la nuit. On ne navigue pas la nuit quand on me loue un bateau, c’est sine qua non.

 

Branle bas de combat dans le bureau : nous appelons la base de Tortola, afin de les prévenir qu’un client est en train de nous prendre pour des imbéciles… C’est dans cette ambiance un peu stressée que je pars à l’aéroport pour attraper l’avion qui doit nous ramener à la maison. Ce dernier décolle à 19 heures, nous devrions être arrivés à 20h30 (on fait une escale a St K.)

 

Je vous passe les détails sur la perte du sac noir qui contenait le polo et le caleçon évoqués plus haut, puisque de toute façon, je le retrouve un peu plus tard. Il n’y a que dans les îles qu’on peut paumer son sac de voyage et le retrouver un peu plus tard – je l’avais oublié dans le hall pendant que j’appelais les douanes de St M. pour leur signaler que j’avais un gros doute quant aux activités de Mr Spadoni… Bref.

 

C’est dans le hall d’embarquement, connecté sur le wifi de l’aéroport, que A, mon associé, me fait savoir que Spadoni a été arrêté au mois d’octobre 2006 avec 76 clandestins à son bord, qu’il essayait de faire entrer aux îles vierges. Nous sommes à fond sur le coup… La police maritime de Tortola a été prévenue. Ils se feront un plaisir d’aller cueillir le mafioso à son entrée dans leurs eaux territoriales.

 

Enfin, c’est le départ, nous nous installons dans un avion archi bondé, je prend place près d’un monstre d’au moins 140 kg, qui a besoin d’une extension pour pouvoir attacher sa ceinture. Peu importe, je joue quelque peu des coudes et m’endort instantanément. Je suis réveillé une demi heure plus tard alors que nous atterrissons à St K. C’est la que descend le gorille, ça me laissera un peu plus de place pour la fin du voyage.

 

Encore une autre demi heure, et c’est l’arrivée à St M dans le nouvel aéroport flambant neuf, que je n’avais pas eu l’occasion de tester. Les choses étant ce qu’elles sont, nous arrivons en même temps que la reine Beatrix de Hollande ! La réception est organisée sur le parking de l’aéroport. Je n’ai guère envie de traîner, mais pas moyen de trouver le moindre taxi -  d’habitude, il y en a à la pelle. C’est finalement une navette de location de voiture qui nous déposera au garage, ou je retrouve ma titine, révisée, les clés sous le tapis de sol. Quelle satisfaction de pouvoir faire confiance à son garagiste. 20 minutes de route pour déposer V, mon fidèle équipier – dois je le surnommer Sancho Panza ? Et j’arrive enfin à la maison. Je vous épargne la narration de l’entrecôte sauce poivre à emporter que je me commande chez ma copine A. Ils ont une entrecôte à tomber par terre, et elle est tellement grosse que tu ne peux pas la finir tout seul.

 

Une fois à la maison, je branche immédiatement le pc, refais un tracking du bateau. Ils sont a mi-route. J’appelle A - mon associé, pas la restauratrice, qui me demande de lui faxer la photocopie des papiers des 2 pirates. Pas de problème. Il faut juste que je retourne au bureau – près de l’aéroport, soit encore 20 minutes de trajet. Je lui demande juste un répit d’une heure pour prendre une douche et dévorer l’entrecôte.

 

Je finirais finalement dans mon lit à minuit. Le lendemain, à 8 heures, au réveil, A m’annonce qu’Andrea Spadoni et son sbire ont été arrêtés alors qu’ils pénétraient dans les eaux de Tortola, à 4 heures du matin. Le bateau est sauf. Rien n’a été trouvé à bord, les 2 hommes seront expulsés vers la Dominique le jour même. Nous devons payer leur billet d’avion, car ils n’ont pas un sou. Ca, je dois dire que ça m’énerve un peu, mais bon, au moins le bateau est sauf.

 

Vous avez tout suivi ? Des questions ? Et vous, z’avez fait quoi hier ?

 

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Publié dans Yo Lo Digo

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L
Omowale !I don't know how you found that websiie, but I'm glad you read french. It'll be easier for you to answer the questions from customs dept. when you'll come back here to pay me back the $500 you still owe me for payment of your plane tickets.
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O
I am omowale reid.. and i am not no hechman.... get your facts straight as i too was a victim in this interferance with the italian.
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C
Les deux, mon capitaine !
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L
Cune, juste comme ca, on dit :"autant pour moi" ou "au temps pour moi" ?
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A
Heureux, qui comme Louis, nous détaille un "caraïbe venture" à la Pierre Dac.Merci Louis, pour ton come back tant attendu et la suite de tes aventures.See you ...
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